Le blog de Malizor

Malizor, AKA Nicolas Delvaux

16 janvier 2012

C’est au début des vacances de noël que le Microsoft© Windows© Vista© de l’ordinateur de mes parents a décidé de rendre l’âme. Freeze quelques minutes après le démarrage, mode sans échec qui échoue et même un BSOD aléatoire. La bête était à l’agonie et Internet était formel : il fallait réinstaller.

Seulement voila : réinstaller Windows ce n’est pas vraiment ma tasse de thé.
Et puis pour quelle raison est-ce que je devrais travailler bénévolement pour le compte de Microsoft ? Ce n’est pas comme si mes parents n’avaient pas payé la taxe Windows en achetant cet ordinateur...

Bref, je ne voulais pas leur réinstaller de Windows. Mais qu’installer alors ? C’est là que les choses commencent à devenir amusantes.

Vu que je connais assez bien mes parents, je connais plutôt bien leurs usages :

  • 80% de Web
  • 10% de traitement de texte et de tableur
  • 9% de tchat vidéo avec la famille
  • 1% de maintenance/mise à jour de divers appareils (GPS...)

En voyant ce découpage, vous pensez peut-être qu’au moins 90% de leurs besoins sont couverts par GNU/Linux et qu’il n’y a donc même pas à réfléchir. Oui mais voila, contrairement à ce que semblent penser certaines personnes1, ce n’est pas parce qu’un usage est rare qu’il est forcément facultatif.

J’expliquerais par la suite ce que j’ai fait concernant ces fameux 10%, mais commençons d’abord par le choix du système d’exploitation en lui même et la façon dont il a été reçu.

LTS or not LTS ? That is the question !

Installer une distribution GNU/Linux sur l’ordinateur de mes parents n’est pas une chose anodine : tacitement, cela veut dire que je prends la responsabilité d’en assurer le « service après vente » en cas de problème. Ce n’est plus comme avant où, dans la plupart des cas, je me contentais de dire « C’est Windows, c’est normal si ça plante. ».

Utilisant Ubuntu au quotidien, c’est naturellement vers cette distribution que je me suis tourné.

La recherche de stabilité aurait logiquement voulu que j’opte pour Ubuntu version 10.04 LTS. Seulement voilà, ce n’est pas si simple.

La prochaine LTS arrive dans peu de temps avec un changement de taille : l’interface Unity. Je n’ai personnellement rien contre cette interface (je l’utilise d’ailleurs au quotidien), mais je redoutais la réaction de mes parents. En fait, c’est surtout la perspective de devoir leur imposer2 ce nouveau changement lors de la migration vers cette nouvelle LTS qui m’a fait réfléchir.

Au final, j’ai opté pour une installation de Ubuntu 11.10 (version 64 bits).
Les avantages de ce choix sont :

  • Unity est déjà le bureau par défaut, il n’y aura donc pas de « choc » lors de la migration vers Ubuntu 12.04 (sur laquelle ils resteront par la suite). Tous les gros changements ont donc lieu en même temps.
  • Pas mal de mises à jour sont passées depuis octobre. La stabilité de cette version ne vaut certes pas celle d’une 10.04, mais elle me semble tout de même acceptable.

Suite à l’installation, je me suis occupé de la configuration du système (mais sans toucher aux paramètres de l’interface) :

  • Mise à jour
  • Installation des traductions manquantes
  • Installation de Flash
  • Installation du nécessaire à la lecture de CD audio et de DVD vidéo
  • Configuration de l’imprimante et du scanner (Brother DCP 770cw). Ça fonctionne bien, mais j’ai été obligé de passer par la ligne de commande pour corriger l’installation des pilotes (entre autre à cause du 64 bits).
  • Installation d’un serveur SSH (pour pouvoir les dépanner si je ne suis pas à proximité)
  • D’autres détails, plus ou moins anecdotiques.

Le système est maintenant prêt à répondre à au moins 90% des besoins de mes parents.

Voici donc venu le moment du « premier contact ».

Le couple Michu face à Unity

Mes parents font parties de ce groupe important (majoritaire ?) de personnes qui ont « peur » de l’informatique.
Le moindre fenêtre sortant de l’ordinaire, le moindre message (même clair et explicatif) les laisse totalement au dépourvu.
Ils ont « peur de faire des conneries ».

J’étais donc assez inquiet en leur présentant Unity, avec les modifications d’habitudes qu’il implique par rapport à Windows.

Et bien, il se trouve que Unity ne les a pas déconcerté. Je dirais même plus, ils ne l’ont presque pas remarqué.

Il y a pourtant des changements bien visibles :

  • Le launcher sur la gauche qui se masque automatiquement et qui remplace la barre de tâche habituelle. ← La plupart du temps ils se contentent de la seule fenêtre maximisée de Firefox. Cela ne les a donc pas vraiment perturbés.
  • Le menu global. ← Ils utilisent les menus vraiment très rarement (je dirais moins d’une fois par jour). Le menu déporté (et même caché par défaut depuis cette version) ne les dérange visiblement pas. Après quelques tâtonnements, ils ont compris que pour faire telle action, il fallait aller chercher en haut de l’écran.

Je leur ai également expliqué le fonctionnement du dash (le moteur de recherche intégré à Unity) et le système des bureaux virtuels, mais ils ne s’en servent à priori pas. Cela viendra peut-être.

À vrai dire, je ne m’attendais pas à ce que la transition se fasse aussi facilement. Une fois les raccourcis les plus utilisés placés dans le launcher, quelques minutes leur ont suffit pour prendre en main l’environnement.

Je pense que le principal avantage de Unity, du moins en ce qui concerne des personnes comme mes parents, est qu’il sait rester discret. Entre autre, il utilise très peu de place à l’écran et n’affiche pas le superflu par défaut. Unity a donc « l’air » plus simple que d’autres interfaces : il inspire ainsi confiance au commun des mortels.

Pour conclure sur cette partie, je dirais que Unity est remonté dans mon estime. Si je considère mon propre cas, il me serait très difficile de rester productif sous Unity sans utiliser constamment les raccourcis claviers. J’avais, à tord, généralisé mon utilisation à tout le monde, ce qui me rendais naturellement sceptique sur l’ergonomie de Unity pour M. Toutlemonde.

Je suis somme toute ravi de m’être trompé.
C’est, à vrai dire, rassurant : Canonical ne paye pas son équipe design ni leurs onéreux tests d’utilisabilité en vain.

Le tchat vidéo, ou le désert du libre

Comme beaucoup de personnes, mes parents aiment bien discuter par webcam interposées avec des proches.
Sous Windows, ils utilisaient Windows Live Messenger (ex MSN).

Seulement voilà, je n’ai trouvé absolument aucun logiciel supportant le tchat vidéo via WLM sous GNU/Linux.
Plus exactement, il semble que ce protocole propriétaire ait changé il y a un certain temps, cassant de fait le support que la communauté avait laborieusement rétroconçut.

Je me suis donc retrouvé dans une situation délicate : il fallait rapidement trouver une alternative qui soit fonctionnelle et qui ne nécessite pas de gros changement chez les interlocuteurs (c’est le principe du réseau, si on change d’un côté, il faut changer de l’autre).

La solution s’est en fait imposée d’elle même : passer à Skype.

J’en entends qui grognent dans le fond.
Ça ne me plaît pas non plus. En plus d’un protocole propriétaire, ils utilisent désormais le logiciel Skype, qui n’est pas libre.

Mais, à vrai dire, c’était de loin la solution la plus simple :

  • La majorité des contacts de mes parents utilisaient déjà Skype
  • Le client Skype pour GNU/Linux fonctionne bien et s’installe en quelques clics
  • Je n’ai pas trouvé d’autre alternative aussi commode

En effet, du côté de SIP il n’existe malheureusement toujours pas de solution toute en une capable de concurrencer la simplicité d’un WLM ou de Skype.
Et je me voyais mal contacter tous les contacts de mes parents pour leur demander d’installer et de configurer un client SIP.

C’est un peu la même problématique avec Jabber (même si de plus en plus de gros acteurs commencent à s’y mettre).

Je considère que c’est une victoire en demi-teinte. Je préfère qu’ils soient sur Skype plutôt qu’ils demandent à retourner sur Windows. Mais, d’un autre côté, je sais qu’il sera maintenant difficile de les faire passer à autre chose.

I am the 1%

Même si, lorsque l’occasion se présente, j’essaye de les orienter vers l’achat de périphériques compatibles GNU/Linux, mes parents possèdent quelques appareils qui ne peuvent se synchroniser pleinement qu’avec Windows (GPS, console de jeu...).

Ces usages sont très rares (au mieux une fois par mois), mais ils sont cependant indispensables.

Je n’ai trouvé qu’une seule solution : la virtualisation.

J’ai ainsi installé un Windows XP3 via l’excellent VirtualBox (en activant le support de l’USB).

Techniquement, ça fonctionne parfaitement.
Cependant, je me suis heurté à un problème d’ordre pédagogique : comment expliquer la virtualisation à des personnes qui ont déjà du mal à comprendre ce qu’est un système d’exploitation ?
Au final, je ne pense pas avoir été très brillant dans mon explication. Mais ils ont apparemment compris à quoi cela servait et qu’il ne fallait l’utiliser que de façon exceptionnelle. Ce qui est, somme toute, le principal.

Conclusion

Hormis quelques petits cafouillages mineurs (« Pourquoi il se passe rien quand je clique sur le .exe que je viens de télécharger ? »), tout c’est bien passé.

Mes parents semblent satisfaits de cette nouvelle installation. Selon eux, « le PC est plus rapide et a l’air de mieux marcher ».

Ubuntu4, pourvu que l’ordinateur soit pré-installé et pré-configuré, est définitivement prêt pour l’usage quotidien de M. Michu.

À titre personnel, j’ai trouvé cette expérience très intéressante.
Cela m’a donné l’occasion d’observer in vivo comment M. Toutlemonde est susceptible d’aborder une interface graphique.
Je retiendrais quelques exemples fameux : tentative de fermeture de Firefox en cliquant sur le « + » (bouton nouvel onglet), passage d’un marque-pages à un autre en fermant puis en ré-ouvrant Firefox...

Si, comme moi, vous vous intéressez aux IHM et à l’ergonomie en général, je vous encourage également à tenter ce genre d’observations. Vous allez être surpris.


  1. Si j’étais un troll, je citerais ici les designers de Gnome 3. Heureusement, je n’en suis pas un. ↩

  2. Je pourrais bien sûr leur installer un des nombreux autres bureaux disponibles dans les dépôts, mais cela ne sera jamais identique à Gnome 2. De plus, pour faciliter la maintenance, je souhaite que la configuration reste la plus « par défaut » possible. ↩

  3. Une version légale qui traînait dans un coin... ↩

  4. Mon expérience ne me permet pour l’instant pas de généraliser à d’autres distributions. ↩

20 novembre 2011

Ce blog étant tout récent, j’en profite pour ressortir quelques petites choses de mes archives.

La vidéo que je vous propose aujourd’hui est celle d’une conférence que j’avais organisée en octobre 2010 à l’EISTI pour le compte de l’association Atilla.

Tangui Morlier (président de l’April) était venu nous parler des logiciels libres (définition, philosophie, économie...).
Nous avons ensuite essayé de le faire craquer en lui posant des questions pendant plus d’une heure, mais il s’est avéré plus fort que nous. :-)

De nombreux sujets ont-été abordés pendant les questions. Je citerais, entre autre :

  • La vente liée
  • Les brevets logiciels
  • Les DRM
  • L’informatique dite « de confiance »
  • Les dangers législatifs (ACTA, HADOPI, LOPPSI...)

Cette vidéo est mise à disposition sous la licence Creative Commons Attribution 3.0 (© Tangui Morlier et EISTI).

Pour des raisons de bande passante, je ne vous propose qu’un lien torrent. Merci de votre compréhension !

> Télécharger le torrent (220 Mio, format Webm) <

Note : La qualité vidéo est assez mauvaise, mais vous pouvez vous contenter du son (sauf peut-être pour voir les transparents au début).

En bonus, voici l’affiche qui avait été réalisée à l’époque :

affiche
Par l’association Graph’EISTI

13 novembre 2011

Vous aimez Ubuntu et les logiciels libres ?
Vous êtes motivé pour contribuer à l’amélioration de cet écosystème ?

Seulement voilà, il y a un hic : vous ne parlez pas un mot d’anglais.

Vous pouvez tout de même contribuer au sein de la communauté francophone (ce qui est une excellente chose), mais vous aimeriez bien pouvoir également aider à améliorer les choses en amont...

Et bien réjouissez vous, car la chose est désormais possible.

Laissez moi vous présenter la « Brigade francophone anti-bogues » :


Logo, par kao_chen

C’est génial ! Mais, heu, comment ça marche ?

C’est très simple.

Il vous suffit de rapporter votre problème en français auprès de la brigade.
Les membres de la brigade travailleront ensuite avec vous afin de pouvoir, in fine, traduire et transmettre votre rapport auprès des développeurs compétents.

Ce service est animé par des bénévoles, avec 2 grands objectifs :

  • Fédérer les contributeurs afin d’améliorer la qualité globale des logiciels libres et d’Ubuntu en particulier ;
  • Former et sensibiliser les utilisateurs à l’art du rapport de bogue et à la contribution en général.

Entendez par là que la brigade n’est pas un bureau des pleurs. Ne venez nous voir qu’avec une véritable envie de contribuer, pas pour râler.

OK. Concrètement, comment je rapporte un bogue ?

La première chose à faire, avant de rapporter quoi que ce soit, est d’essayer de rassembler le plus d’informations possibles.

  • Êtes-vous sûr qu’il s’agit bien d’un bogue, et pas d’une fonctionnalité ? (ça arrive plus souvent qu’on ne le crois...)
  • Quand et comment l’anomalie survient-elle ? Y a-t-il un moyen de la reproduire à tous les coups ?
  • À l’aide de quelques mots clés et de votre moteur de recherche préféré, vérifiez si quelqu’un n’a pas déjà parlé de votre problème (peut-être s’agit-il d’un simple souci de configuration ?)

Ceci fait, nous pouvons passer au rapport de bogue en lui même.
Note : le bogue décrit dans les illustrations suivantes est imaginaire ;-)

  • Commencez par vous rendre sur cette page1

  • Résumez votre problème en quelques mots dans la case « Summary: » puis cliquez sur « Next ».

illustration1

  • Décrivez en détail votre problème dans le champ « Further information: ».

    Il est important que vous expliquiez :

    • Le comportement que vous attendiez
    • Le comportement que vous avez obtenu à la place
    • Comment reproduire le problème (essayez de donner une procédure « pas à pas »).

    Plus généralement, donnez tous les détails qui vous paraissent pertinents.

    Si vous avez quelques notions d’anglais, vous pouvez également proposer une traduction de votre rapport. Les bénévoles vous aideront à la relire et à l’améliorer.

illustration2

  • Si nécessaire, vous pouvez également ajouter une capture d’écran en cliquant sur « Extra options » puis sur « Parcourir » dans le champ « Attachment: »

illustration3

  • Il ne vous reste plus qu’à cliquer sur « Submit Bug Report » !

illustration4

Et maintenant ?

Les bénévoles vont maintenant essayer de reproduire et donc valider votre problème. Il est possible qu’ils vous demandent quelques précisions supplémentaires.

Ils vérifieront ensuite si ce bogue n’a pas déjà été rapporté en anglais et, si la voie est libre, ils traduiront et transmettront votre rapport aux développeurs compétents.

Participer / en savoir plus

Si vous avez une certaine expérience dans le domaine du testing, vous pouvez rejoindre l’équipe.

Plus largement, nous sommes toujours à l’affût de nouveaux testeurs pour la version d’Ubuntu en développement. N’hésitez pas à aller faire un tour dans la section correspondante du forum ubuntu-fr !


  1. Si vous n’avez pas de compte sur Launchpad, c’est le moment de vous en créer un ! ↩

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